Design & UX

Un site accessible est aussi un site mieux compris.

L’Acte européen sur l’accessibilité s’applique depuis juin 2025, la Suisse révise sa loi sur l’égalité pour les personnes handicapées, et 95,9% des pages d’accueil échouent encore aux tests automatiques. L’accessibilité n’est plus un chantier optionnel.

Un site accessible est aussi un site mieux compris.

En bref

30 secondes
  1. 95,9% des pages d’accueil échouent aux tests WCAG automatiques.
  2. L’Acte européen sur l’accessibilité concerne aussi les entreprises suisses qui vendent dans l’UE.
  3. Une même base sert les personnes, les moteurs et les agents IA.

Des chiffres qui reculent

Chaque année, l’organisation WebAIM analyse automatiquement le million de pages d’accueil les plus visitées du web. L’édition 2026 marque une régression. 95,9% des pages présentent des erreurs WCAG détectables, contre 94,8% un an plus tôt. Le nombre moyen d’erreurs par page passe à 56,1, en hausse de 10,1%.

Le détail est plus instructif que le total. Six types d’erreurs concentrent l’essentiel des problèmes, et ce sont les mêmes depuis le début de l’étude en 2019 : texte au contraste insuffisant (83,9% des pages), images sans texte alternatif (53,1%), champs de formulaire sans label (51%), liens vides, boutons vides et langue du document non déclarée.

La dégradation accompagne une complexité croissante. Une page d’accueil compte désormais en moyenne 1437 éléments, 22,5% de plus en un an. L’étude relève aussi que les pages utilisant ARIA présentent en moyenne davantage d’erreurs que les autres, signe d’un usage souvent mal maîtrisé.

Ces tests automatiques ne détectent qu’une partie des obstacles. Une page sans erreur détectable n’est pas forcément accessible. Une page avec des erreurs détectables, en revanche, ne l’est certainement pas.

Ce que dit le droit, en Europe et en Suisse

L’Acte européen sur l’accessibilité (directive (UE) 2019/882) s’applique depuis le 28 juin 2025. Il couvre un ensemble défini de produits et de services, parmi lesquels le commerce électronique, les services bancaires aux consommateurs, les livres numériques, certains services de transport de voyageurs et les communications électroniques. La norme européenne EN 301 549, qui s’appuie sur les WCAG, sert de référence technique. Les microentreprises de services, moins de 10 personnes et un chiffre d’affaires annuel ne dépassant pas 2 millions d’euros, sont exemptées.

Le texte s’applique aux opérateurs qui proposent ces produits et services sur le marché européen, y compris lorsqu’ils sont établis en Suisse. Une boutique en ligne suisse qui vend en France ou en Allemagne est donc concernée pour cette activité.

En Suisse, la loi sur l’égalité pour les handicapés (LHand) s’applique depuis 2004 aux prestations de la Confédération, dont les sites doivent respecter la norme eCH-0059, alignée sur les WCAG. Une révision partielle, dont le message a été adopté par le Conseil fédéral en décembre 2024, prévoit notamment d’obliger les prestataires privés de services destinés au public à prendre des mesures appropriées pour en garantir l’accès. Le projet est en discussion au Parlement, et les organisations de personnes handicapées le jugent insuffisant. Certaines associations professionnelles évoquent une entrée en vigueur en 2027, mais le calendrier dépendra des débats parlementaires.

Accessibilité, référencement et agents : une même fondation

L’accessibilité est souvent présentée comme une contrainte supplémentaire. Elle fonctionne mieux comme un principe de construction, parce que ses exigences recoupent celles d’autres publics.

Une hiérarchie de titres claire aide un lecteur d’écran à naviguer, et un moteur de recherche à comprendre l’organisation d’un contenu. Un texte alternatif pertinent rend une image compréhensible pour une personne aveugle, comme pour les systèmes qui indexent ou résument la page. Un champ correctement étiqueté permet à une personne de remplir un formulaire au clavier, et à un agent IA de le remplir pour le compte d’un utilisateur. Google recommande d’ailleurs le HTML sémantique dans ses conseils d’optimisation pour ses fonctionnalités génératives, et OpenAI indique que l’agent de son navigateur Atlas s’appuie sur les informations d’accessibilité pour comprendre les pages.

Ce constat ne doit pas inverser les priorités. L’accessibilité existe d’abord pour les personnes en situation de handicap, environ 1,7 million en Suisse selon les organisations du domaine. Il fournit simplement un argument de plus aux organisations qui hésitent encore à investir.

Les erreurs fréquentes sont aussi les plus simples à corriger

La bonne nouvelle du rapport WebAIM, c’est que les erreurs les plus répandues sont aussi les plus faciles à éviter, à condition de les traiter au bon endroit.

Le contraste se règle dans le design system, avec des couleurs de texte et de fond validées une fois pour toutes et des combinaisons interdites documentées. Les textes alternatifs relèvent du CMS et de la pratique éditoriale : un champ dédié, une consigne claire sur ce qu’il faut décrire, la distinction entre image informative et décorative. Les labels de formulaires, les noms de boutons et la langue du document se garantissent au niveau des composants et des gabarits, pour que chaque nouvelle page en hérite.

Les solutions de surface, elles, ne tiennent pas leurs promesses. Les « overlays », ces surcouches qui prétendent rendre un site conforme par l’ajout d’un script, sont critiqués de longue date par les spécialistes. Aux États-Unis, la Federal Trade Commission a sanctionné en 2025 un éditeur de ce type de produit pour des allégations trompeuses sur la conformité qu’il promettait.

Intégrer plutôt que rattraper

Une mise en conformité après coup coûte cher, parce qu’elle touche des centaines de pages et de composants. Intégrer l’accessibilité dès la conception coûte peu, parce qu’elle devient une propriété du système.

En pratique, cela signifie définir le niveau visé (WCAG 2.1 AA au minimum, 2.2 de préférence) et l’inscrire dans le cahier des charges. Cela suppose ensuite de l’intégrer au design system, de tester automatiquement à chaque déploiement et de compléter par des tests manuels au clavier et avec un lecteur d’écran. Il reste enfin à former les équipes éditoriales et à publier une déclaration d’accessibilité honnête, qui mentionne aussi les limites connues.

Le regard WNG

Un site accessible est un site mieux construit. Plus clair pour ses visiteurs, plus lisible pour les moteurs, plus robuste face aux agents. Cette convergence change le statut de l’accessibilité, qui passe de la conformité à la qualité. Chez nous, le sujet traverse les quatre piliers. Il commence dans Stratégie & expérience, avec la conception des parcours et des contenus. Il se concrétise dans Plateformes & technologie, au niveau des composants et du CMS. Il se vérifie dans Performance & opérations, grâce à des contrôles continus. Traité ainsi, il ne ralentit pas un projet. Il en élève le niveau. Si votre organisation vend dans l’UE ou prépare la refonte d’une plateforme, c’est le bon moment pour faire de l’accessibilité un critère de départ plutôt qu’un correctif de fin de projet.

Make complexity work.

Cet article présente un cadre général et ne constitue pas un avis juridique.

Questions fréquentes

Une entreprise suisse est-elle concernée par l’Acte européen sur l’accessibilité ?

Oui, si elle propose dans l’UE des produits ou services couverts par la directive, par exemple du commerce électronique. Les microentreprises de services sont exemptées.

Quel niveau d’accessibilité viser ?

Le niveau AA des WCAG est la référence des normes européenne (EN 301 549) et suisse (eCH-0059). Viser les WCAG 2.2, publiées en 2023, permet d’anticiper les évolutions.

Un outil de test automatique suffit-il ?

Non. Il détecte une partie des erreurs, souvent les plus fréquentes, mais ne remplace pas des tests manuels au clavier et avec des technologies d’assistance.

Faits vérifiés le 20 octobre 2026 à partir des sources ci-dessous. Recherche documentaire assistée par IA, rédaction et relecture par l’équipe WNG.

Sources

  1. [1] WebAIM, « The WebAIM Million – The 2026 report on the accessibility of the top 1,000,000 home pages » (nouvelle fenêtre)
  2. [2] Directive (UE) 2019/882 relative aux exigences en matière d’accessibilité des produits et services, EUR-Lex (nouvelle fenêtre)
  3. [3] Bureau fédéral de l’égalité pour les personnes handicapées (BFEH), aperçu des projets législatifs en cours (PDF) (nouvelle fenêtre)
  4. [4] Inclusion Handicap, résolution de l’assemblée des délégués, 3 juillet 2025 (PDF) (nouvelle fenêtre)
  5. [5] Association de commerce.swiss, « Nouveau cadre juridique pour l’accessibilité numérique » (nouvelle fenêtre)
  6. [6] W3C, « Web Content Accessibility Guidelines (WCAG) 2.2 » (nouvelle fenêtre)
  7. [7] OpenAI, « Publishers and Developers – FAQ » (Atlas et accessibilité) (nouvelle fenêtre)
  8. [8] Federal Trade Commission, décision concernant l’éditeur d’overlay accessiBe, 2025 (nouvelle fenêtre)

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